| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Cet historique poursuit celui des Moulins de la Volferine (Champfromier)

La Combe d'Evuaz est un lieu très humide. Toutefois la Semine, et ses cascades, offraient les meilleurs emplacements pour y édifier un moulin hydraulique, et en particulier au niveau de la cascade qui deviendra à la Révolution l'historique Cascade du Saut à l'Ane. A ce sujet, il est important de préciser que les cartes IGN actuelles (et même déjà en 1937) mentionnent un emplacement erroné du Saut à l'Ane par rapport à celui qui était initialement la première cascade sur la Semine, et non la seconde comme de nos jours. Les plans napoléoniens de 1833 et l'état de sections de l'époque ne laissent aucun doute ! Quoi qu'il en soit, la longueur des hivers, où souvent la neige recouvrait tout sur 2 mètres de hauteur, limitaient les déplacements à proximité de ces installations, et les restreignaient à ne fonctionner que l'été.
La première mention d'un moulin à Evuaz, sur la Semine, sans plus de précision, ne remonte qu'à 1771, mais il existait déjà précédemment puisqu'alors les Guinet font agrandir et réparer le moulin situé "à Evuaz et sur la rivière de Semine" [3E14300, f° 2395].Ces Guinet étaient des notables : François Guinet, curial (adjoint du châtelain) des terres de Montanges y demeurant, Claude Guinet bourgeois de Belleydoux également, ainsi que les héritiers (Marie-Hiacinthe) de feu Benoit Guinet à Belleydoux,
En 1775, le meunier est Joseph Mathieu [10900], qui semble natif des Bouchoux. Il est contraint à une transaction financière (24 livres) et à scier ou faire scier 124 planches (valeur 12 livres) pour le compte des Genolin du Collet de Montanges, suite à des dégradations au lieu-dit Chez-Jean [3E17475, f° 96 (19 janvier 1775)]. Le même jour, l'acte suivant du notaire précise explicitement qu'il est "meunier demeurant aux moulins d’Evuaz" et qu'il s'est fait partiellement payé (par les Guinet de Montanges) des travaux qu'il a effectués au moulin d'Evuaz : "depuis environ deux ans pour la reconstruction dudit moulin d’Evuaz, lesdites réparations consistent en une roue, la scie et battoir, le logement dudit Matthieu pendant le temps que le moulin a été ruiné, les chéneaux, le four et la ruche dudit moulin, le tout revenant à la somme de 114 livres" [3E17475, f° 99].
Un douzième de ce moulin est vendu (171 livres) en 1784 par Marie-Hiacinthe Guinet (fille de feu Benoit Guinet, épouse Joseph Chapellu de Belleydoux) à Joseph Collet [CI-2011] demeurant au Mottelay (Le Montelet, entre Champfromier et Chézery). L'acte précise que fait partie de cette vente "la portion du cour d’eau de ladite rivière et fontaine y aboutissant, à prendre ledit cours d’eau, dès la source appelée Semine jusques aux Grandes Roches d’Orvas, c'est-à-dire comme porte les limites d’entre les communautés de Champfromier et Belleydoux, ou, soit comme portent les héritages de la Grange du Mottelay", un bail avec un Joseph Collet (qui semble autre que l'acheteur) étant en cours [3E14313, f° 6240].
La bonne entente et la volonté de mettre en valeur ces lieux semble avoir été de mise entre les copropriétaires puisque dès 1785, ceux-ci, c'est à dire Sr François Guinet curial de Montanges y demeurant, Claude Guinet marchand demeurant à Belleydoux, les enfants de feu Benoit Guinet et Claudine-Marie Chapelu, tous de Belleydoux, et Joseph Collet [CI-2011] marchand demeurant au Motelay, paroisse de Champfromier, le récent acheteur du douzième, donnent à ferme à un Roland Grenaz, maître charpentier demeurant à Magras, "les moulins, scies et battoir d’Evuas", moyennant une rente annuelle de 81 livres, pour 9 ans, mais gratuitement durant les cinq premières années en échange de la reconstruction du moulin, au matin de la rivière et au bas du dernier rocher, si toutefois le sieur Jagot, propriétaire de cet emplacement, donne son accord...
Le détail du projet est instructif : "et a été convenu que ledit preneur transportera ledit moulin avec les appartenances au matin de la rivière, au bas du dernier rocher, lequel moulin avec une cuisine et une chambre, lesquels seront construits par 4 gros murs, dont celui du côté de la rivière sera fait avec des grosses pierres piquées à la grosse pointe, en hauteur de 12 pieds, et tous les quatre en hauteur de 24 pieds [environ 8 mètres de hauteur, dont 4 de pierres taillées côté rivière], lequel bâtiment aura de vide 24 pieds en longueur et 14 en largeur [environ 8 x 5 mètres], que ledit sera construit dans le bas, [f° 6491] c'est-à-dire au rez-de-chaussée et que ladite cuisine et chambre seront placés sur ledit moulin, séparés par du galardage en planches, que l’entrée dudit moulin sera prise du côté du vent, ainsi que celle de la cuisine d’en haut ; pourra se servir du matériaux en bois et pierres qui seront bons et recevables du vieux moulin pour reconstruire le nouveau, qu’il refera la roue à neuf ; pourra se servir du vieux moulandier du rouet de la ..., ... et autres ferrures ; qu’il fournira tous les matériaux nécessaires consistant en chaux, sable, pierres, moellons, échafaudages, clous, coffres, ferrures, ainsi que le bois des chenaux et chevalet pour conduire les eaux sur la roue ; les deux couverts seront mis en tavaillon, et pourra se servir des vieux tavaillons et bois ; qu’il fera un four à chaux de 7 pieds, et s’il y en a de reste, elle appartiendra aux bailleurs ; enfin le rendra à la sortie en dû état et sera visité par experts lorsque lesdits ouvrages seront faits ; fera le couvert de la scie en tavaillons et la rétablira de façon qu’il la rendra à la sortie en bon état ; recouvrira le battoir incessamment en tavaillons, et le refermera avec des coincaux ; et pour le payement de tous les susdits ouvrages et réparations, lesdits bailleurs relâchent au preneur la rente pendant les 5 premières années ; rendra à la sortie 3 marteaux à piquer les meules, et a été convenu que ledit Me François Guinet se charge d’avoir l’agrément de Me Jagot pour reconstruire ledit moulin dans l’endroit adéquat [f° 6491v] ci-dessus étant sur son fond, et dans le cas qu’il ne puisse l’avoir par argent ou autrement le présent acte demeurera résilié dans tout son contenu" [3E14314, f° 6490v].
En 1794 (21 fructidor an II), les héritiers de François Guinet (ancien curial de Montanges) vendent pour 600 livres leur part (indivise avec les héritiers de Benoît et de Claude) à François-Joseph Grenard [10898], cultivateur à Evuaz [3E14323, f° 8603].
L'année suivante, le 23 germinal an III (12 avril 1795), le même Grenard acquiert encore pour 160 livres (et 20 livres d’arrérage de rente desdits moulins) la part d'héritiers de l'oncle Claude Guinet, "dans et sur la rivière de Semine, qui sont situés à Evuaz, appelé Sous le Sau à l’Ane" [3E14324, f° 8982]. A noter que cette mention est la première connue pour ce lieu-dit le Saut à l'Ane !

Probablement agent en biens avant l'heure, ce François-Joseph Grenard revend tout ce qu'il a acquis des Guinet (mais pour 1350 livres) à Jean-Joseph [10612] Grenard, quinze jours plus tard, le 13 floréal an III (2 mai 1795) [3 E14324, f° 9005].
L'ensemble des "usines" est revendu (pour 700 francs) le 17 février 1825 à un François-Joseph Tournier (ailleurs dit meunier [CI-3662 ?]). C'est alors Jeanne Chapellu, femme dudit Jean-Joseph, propriétaire demeurant à Evuaz, qui effectue la transaction. Elle est mandatée par son mari depuis la fin de l'année précédente pour l'ensemble de leurs transactions, et lui -même mourra en janvier de l'année suivante 1826. L'acte nous donne bien des précisions : "un moulin, une baraque à côté, un jardin, un battoir, une scie au-dessous, avec les chenaux, machines et artifices (...), le tout situé à la Combe d'Evouaz, commune de Champfromier, appelé Le Saut à l’Ane [...], et tout ce qui appartient auxdites usines, y compris les peignes et tamis du moulin, une feuille neuve [une lame] de la scie et autres petits meubles existants dans les édifices" [3E14435, f° 46].
Sur le plan de 1833 (feuille A3) qui sert à l'état des sections, on observe qu'il y a bien, au levant de la Semine (rive gauche), et appartenant audit François-Joseph Tournier, en contre-bas de la cascade, une scie (A 119) et un battoir (A 120). Par contre le moulin, appartenant au même propriétaire, et sa maison sont au couchant (rive droite), au niveau du bas de la cascade, soit presque 100 mètres plus en amont que les scie et battoir...
En 1907, on comptait 3 petits moulins, dont un à Evuaz et un autre à Pont d'Enfer [G. Juillard]. On sait aussi qu'en 1818-1822, il y en avait eu un moulin, ou du moins une scierie, à Communal (hameau de Champfromier), le Moulin Juliand, sur le nant de Champfromier [Lafoucrière, ... dans Le Haut-Rhône, Force et Lumière, p. 23]. Voir la scierie Julliand.
Voir à Edifices publics
Les moulins de Chézery, accueil
Voir les Moulins brûlés, en 1784
Voir le Moulin des Besfaux (XIXe et XXe siècle)
Ecluse médiévale de moulin hydraulique à Billiat
En 1713, Henry [9400], fils de feu Jean Turche [Truche] de Champfromier, est acensataire desdits moulins de Burlandier [commune de Lalleyriat] appartenant à Sr Louys Passerat de la Leschière, habitant St-Germain-de-Joux. Il passe un accord mutuel avec le précédent acensataire, pour qu'il lui paye les réparations qu'il n'avait pas faites à ces moulins [3E14281, f° 78 (4 septembre 1713)].
Les moulin, battoir et scie de Trébillet depuis 1502
Un "Moulin Vieu" (Moulin de Vy, à Montanges) est signalé pour un drame entre Montanges et Monnetier "s’en allant depuis Montange (pour aller) chez lui (...) et étant dans le chemin qui tend à Champfromier auprès de la croisée de celui qui tend au Moulin Vieu (...)" en 1786 [25B531, liasse 193].
Publication inédite : Ghislain Lancel
Première publication, le 8 mai 2024. Dernière mise à jour de cette page, idem.